dimanche 10 mai 2009

Le dernier Messager 2

Le Messager : Période mecquoise, la première révélation

Mohammed a maintenant quarante ans. Le rideau se lève de nouveau sur son histoire ; mais nous le retrouvons dans une profonde crise morale.

Depuis quinze ans, il n’avait été qu’un simple Hanif partageant son temps, selon son mot même, entre l’adoration de Dieu et la contemplation de son oeuvre sublime. Le ciel profond qui couvre de son dôme d’azur le paysage embrasé du Djebel En-Nour, attire encore son regard, comme jadis il attirait celui de l’enfant, devant la tente de la nourrice. Mais Mohammed n’est pas un esprit systématique à la recherche d’une théorie sur les origines et l’harmonie de l’univers, ni un caractère inquiet à la recherche d’une certitude. Sa certitude, il l’a eue depuis toujours et surtout depuis sa retraite : il croit au Dieu unique d’Abraham.

C’est bien à tort, nous semble-t-il, que la critique moderne, M. Dermenghem notamment, voit dans cette phase une période de recherche et d’inquiétude : une sorte d’adaptation et d’incubation chez Mohammed.

Bien au contraire, les documents de l’époque prouvent que le problème métaphysique ne hantait pas sa conscience, puisqu’il en avait d’ores et déjà la solution, en partie intuitive et personnelle et en partie atavique, parce que sa foi au Dieu unique vient du lointain ancêtre Ismaël.

Cette remarque est essentielle pour l’étude du phénomène coranique par rapport à un « Moi » mohammadien tel qu’il résulte réellement des données historiques.

Il convient de signaler, particulièrement, qu’aucune préoccupation personnelle ne hante ce contemplatif solitaire absorbé dans le problème religieux, à la manière des mystiques de l’Inde ou des Soufis de l’Islam et à la recherche d’une simple morale plutôt que d’une vocation. Entre son « Moi » et la réalité métaphysique qu’il contemple, on ne peut établir, en ce qui concerne cette époque du moins, le lien d’une pensée systématique. Ce n’est pas là une simple affirmation, mais la définition du seul état de ce « Moi » compatible avec toutes les autres conditions psychologiques telles qu’elles se dégagent de l’histoire du personnage et du témoignage rétrospectif du Coran.

Cependant, vers la quarantaine, on le retrouve avec une préoccupation dominante, douloureuse même : il doute.

Il ne doute pas de Dieu - sa certitude à cet égard n’a jamais failli - mais il doute de lui-même.

Pourquoi et comment ce doute est-il venu à son âme ? Pourquoi, dans le champ de sa contemplation, trouve-t-il maintenant l’ombre de sa personne, le spectre de son « Moi », se profiler sur le fond de ses médications religieuses jusqu’à en devenir presque le point central ?

La tradition, occupée des seuls détails chronologiques de la vie de Mohammed, ne fournit aucun renseignement sur cet état psychologique pourtant capital. Mais nous avons toutefois dans le verset cité plus haut (1) et dans la réplique de Mohammed à Khadidja, lors des ouvertures de leur mariage, la réponse au problème que pose pour nous l’état d’âme dans lequel nous le retrouvons vers la fin de sa retraite.

Sans nous apporter toute l’explication du doute mohammadien, le verset et le détail biographique cités, attestent néanmoins que ce doute ne résulte pas d’une téméraire espérance, d’une folie égocentriste, d’une hypertrophie du « Moi » chez Mohammed. On est obligé d’y voir la conséquence d’un état subjectif accidentel dans lequel le prophète s’était trouvé soudain avec la prescience, le pressentiment de quelque chose d’extraordinaire touchant à son propre destin. A quoi attribuer ce pressentiment qui plane maintenant en lui, en écorchant d’une façon aussi douloureuse la nature positive de son esprit ?

Simple élaboration du subconscient ou intuition d’un proche et extraordinaire dénouement ?

Certaines espèces animales ont l’instinct des phénomènes et des bouleversements qui doivent, dans un proche avenir, affecter les lieux qu’ils habitent. Telles fourmis de l’Amérique quittent leurs lieux à la veille où il va s’y déclarer un incendie. Dans le Sud Constantinois, une espèce de rongeurs quitte ses terriers dans les lits des oueds, à la veille des grands orages.

Mohammed avait-il, de la même manière, la prémonition du phénomène coranique qui allait bientôt l’embrasser et submerger tout son être ?

Quant à y voir une élaboration du subconscient, il faudrait pouvoir expliquer par là toute la matière du Coran et sa pensée discursive ainsi que l’aspect phénoménal de sa manifestation chez Mohammed, Or, comme on le soulignera plus loin, cela n’est point possible.

Toutefois, Mohammed va s’ouvrir de ses angoisses à sa douce épouse ; il se plaint à elle amèrement : il se croit fou, possédé, se juge l’objet de quelque sortilège maléfique.

La noble Khadidja le console et le rassure

« Dieu », lui dit-elle, « n’abandonne pas l’homme qui n’a jamais menti, qui assiste l’orphelin et secourt le faible, Dieu ne l’abandonne pas à la dérision des démons ».

Dans ces propos historiques, apparaît indiscutablement la notion du « Dieu Unique » qui devait être courante dans le milieu familial de Mohammed, dés avant sa vocation.

Cette constatation permet de déduire par recoupement la conviction personnelle de Mohammed sur ce point durant sa retraite et elle ajoute ainsi une donnée essentielle pour le portrait psychologique qu’il s’agit de dessiner. De toute façon, après ces apaisements, Mohammed reprenait régulièrement le chemin de sa retraite où il était de nouveau assailli par le doute et gagné par le trouble irritant qui caractérisent tous ses états d’âmes vers cette époque. Maintenant, encore plus, car il sent une présence comme une ombre qui rôde autour de lui.

Il sort de sa retraite, il arpente fébrilement les sentiers embrasés du Djebel En-Nour ; il étouffe de l’inconnu qu’il sent suspendu à son âme ; il n’en veut plus.

Le voici penché sur un ravin ; il voit une issue à son drame... au fond de l’abîme. Il va pour se délivrer de son obsession, et fait un pas en avant. Mais plus prompte que son geste, une voix l’arrête : « O Mohammed, tu es le Prophète de Dieu ».

Il lève la tête : il voit l’horizon irradié d’une éblouissante lumière. Il est bouleversé, ébloui. Il se tourne d’un autre côté, mais l’apparition ne quitte pas le champ de sa vue : elle est partout, aux quatre points cardinaux.

Il tombe évanoui.

S’étant réveillé, il s’enfuit vers la Mecque. Il retrouve sa douce confidente. Elle est surprise de son air dramatique, de son état fébrile : lui si soigneux, qui ne négligera jamais un détail de sa toilette, est là maintenant avec les cheveux ébouriffés, la mine défaite, les vêtements en désordre. La douce Khadidja surmonte son propre émoi, soigne son époux et avec de nouvelles paroles ramène la paix dans son âme bouleversée.

Il reprend le chemin du djebel En-Nour.

La nuit vient sur sa retraite au Ghar Hira. Il s’endort quand une perception inconsciente le réveille : Il sent une présence.

Devant ses yeux, il aperçoit maintenant « un homme vêtu de blanc

L’inconnu s’approche de lui et lui dit

- Lis.

Je ne sais pas lire, répond Mohammed, qui voudrait s’éloigner, fuir l’ensorcellement de la voix qui répète

- Lis.

- Je ne sais pas lire, répond encore Mohammed.

- Lis, répète de nouveau la forme immatérielle qui sera désormais l’assidu visiteur du Prophète.



« Lis au nom de Dieu créateur qui a créé l’homme d’une « adhérence ».
« Lis, ton Dieu est le plus généreux.
« Il instruisit l’homme par le calam et lui enseigna ce qu’il ignorait ». (Cor. XCVI - V. 1, 2, 3, 4, 5).

Ce fut pour Mohammed et pour l’histoire la première manifestation du phénomène coranique qui va embrasser les vingt-trois dernières années de la vie du Prophète.

Dés cet instant, le Prophète illettré a l’impression « qu’un livre venait d’être imprimé dans son coeur ».

Mais il ne lui est pas permis de le feuilleter à loisir et de le parcourir à sa guise : il lui sera révélé au fur et à mesure des besoins de sa mission. Parfois, la révélation tarde, même quand un cas urgent presse cependant : soit qu’une décision est à prendre ou qu’une loi est à formuler dans tel cas précis soumis à l’arbitrage de Mohammed, la révélation se fait attendre.

Au début surtout - précisément après la première révélation que nous venons de citer - Mohammed attendra bien longtemps, plus de deux ans, avant de revoir son étrange visiteur, et d’entendre sa voix.

Il en est désespéré, le doute s’empare de nouveau de son esprit épris de certitude : il croit avoir été abusé par ses sens, ou bien il se voit abandonné de la puissance dont il s’était cru guidé un instant. Cette incertitude est douloureuse pour son âme. Elle s’y glisse comme un reptile venimeux qui enlace ses pensées et ses sentiments, brisant d’un serrement d’anneau l’élan instinctif de cette âme vers une certitude positive.

De nouveau : moments douloureux, minutes pathétiques pour Mohammed qui cherche désespérément autour de lui et en lui-même la source mystérieuse d’où avait jailli le premier verset du Coran. Appel désespéré d’une âme tourmentée, d’une conscience douloureusement troublée, appel à une voix qui ne répond ou qui ne veut plus répondre : toujours le silence pendant plus de deux ans.

L’esprit de Mohammed s’agite en vain dans le débat de son cas singulier, sans en trouver l’explication. Il sombre dans la lassitude et le corps rompu, par une extrême tension nerveuse, il s’anéantit comme une chose inerte dans le sommeil.

Sur lui veille un ange gardien : Khadidja.

Période mecquoise, l’apostolat

C’est après un de ces moments de profond abattement. Mohammed dort. Son épouse, avec des mots pleins de sollicitude maternelle, vient de calmer pour un instant sa crise, et après l’avoir revêtu de son manteau, l’invite à se reposer.

Il dormait comme un enfant qui vient de pleurer, le cœur gonflé d un gros chagrin. A son tour, l’inquiétude de la tendre épouse est apaisée par la respiration calme du dormeur. Elle sort doucement pour éviter de le réveiller.

Mais la voix du Mont Hira retentit soudain aux oreilles du dormeur qui se relève fébrilement.






« O Toi, homme couvert d’un manteau,
Lève-toi pour prêcher.
Ton Seigneur Tu dois glorifier... » COR LXXIV - V. 1, 2, 3.

Mohammed en est abasourdi et accablé à la fois parce que dans sa surprise, il réalise brusquement toute la portée de l’ordre inattendu qu’il reçoit.

Khadidja le retrouve assis, plongé dans sa méditation. Etonnée de le trouver réveille, elle lui demande : « Pourquoi, O Abul-Kacem, ne dors-tu pas ? »

Il lui répond douloureusement : « C’en est fait pour moi du sommeil : je n’ai plus le droit de me reposer. L’ange m’ordonne de prêcher... Mais qui croira en moi ? »

Ainsi de même que la première crise avait eu un dénouement inattendu pour Mohammed, le dénouement de celle-ci semblait le surprendre encore davantage, et surtout l’accabler. Sa surprise lors de la première révélation et, cette fois, son accablement devant l’investiture inattendue qu’il recevait sous la forme d’un ordre, marquent, pour nous, deux états psychologiques particulièrement intéressants pour l’étude du phénomène coranique par rapport au « Moi » mohammadien.

Il y a lieu de noter que l’étape de ce « Moi », entre les deux crises et les deux dénouements en question, n’était nullement marquée par une espérance messianique, mais seulement par la recherche d’un état de grâce entrevu lors de la première révélation. Il y a lieu, de noter, également, pour l’intervalle considéré, l’effort désespéré de Mohammed pour recouvrer cet état de grâce.

Cet effort nous semble souligner en effet d’un trait caractéristique l’indépendance du phénomène coranique, par rapport au « Moi » de notre sujet. On ne saurait admettre évidemment que le second dénouement eut si tardé, s’il avait été lié seulement au subconscient d’un homme qui précisément, n’avait pas cherché à contenir et à refouler le phénomène en lui, mais avait, au contraire, tendu toute sa volonté, et tout son être, à favoriser sa manifestation.

Ces détails psychologiques mettent tout le relief nécessaire à la résolution finale de Mohammed à accepter sa mission comme une investiture lui venant d’en Haut.

Il l’accepte, en effet, et n’y faillira jamais, même pas sous les huées des enfants de la Mecque, ni sous les sarcasmes, les menaces et les coups des Koraïchites, comme Abou Lahab. Rien plus ne l’y fera renoncer : ni les intérêts sacrifiés de sa famille, ni les supplications de son vénérable oncle Abou Taleb. quand les Mecquois feront pression sur lui pour mettre fin au scandale de son neveu. On lui proposera même à cette occasion la plus honorifique position dans l’administration de la cité. Tout cela ne dévia pas Mohammed de sa voie fixée pour jamais depuis le dénouement de sa seconde crise. Quand son oncle vint lui faire les ouvertures des Koraïchites, en lui mettant sous les yeux les mesures draconiennes qu’ils envisageaient au cas où il refuserait. Mohammed répondit en fondant en larmes

« Par Dieu, oncle, même s’ils (les Koraïchites) mettaient le soleil sur ma main droite et la lune sur ma main gauche, je n’abandonnerais pas cette mission, jusqu’à ce que Dieu la fasse triompher ou que je périsse en l’accomplissant ».

Devant une telle résolution, le noble vieillard ne put qu’assurer son neveu de sa protection jusqu’au bout.

De fait, les Koréïchites décidèrent la mise au ban de leur société de Mohammed et de tous les siens. Cette décision fut prise sous la forme d’un pacte mecquois affiché à l’intérieur de la Ka’aba.

La famille frappée de cette excommunication était privée de tout lien avec la ville, même du commerce moral et du simple mariage avec les autres familles.

La tradition rapporte que ce pacte aurait été rongé par les vers et que Mohammed en aurait eu la vision : les Koréichites auraient eu alors à reconsidérer leur attitude et à rapporter la loi d’excommunication.

Quoi qu’il en soit, « le pacte maudit » était tombé en caducité, et la famille d’Abou Taleb était autorisée à rentrer de nouveau à la Mecque après de biens longues et dures épreuves.

Mohammed reprit aussitôt sa méditation sur le parvis du temple sacré. Mais les grands de Koraïche organisèrent le complot du silence autour de sa prédication : ils interdisaient aux gens d’écouter la récitation du Coran.

Mohammed voyait que le succès ne venait pas à sa prédication. Il décida de la porter plus loin, à Taïf. Mais là, il subit les pires humiliations et le plus dur traitement de sa carrière. La foule lui lança des pierres et sema des épines sur son chemin ; des enfants excités le poursuivirent de leurs huées. L’apôtre alla se réfugier sous le mur d’une clôture. Son cœur était ulcéré de tant d’incompréhension et de méchanceté. Mais son âme ignorait la rancune. Il leva seulement les yeux au ciel pour murmurer une prière empreinte de la plus pathétique ferveur que l’âme humaine ait pu jamais exprimer dans un pareil moment de détresse : « Je me réfugie en Toi, Mon Dieu, murmura-t-il, contre ma faiblesse et mon impuissance. Tu es le Dieu des faibles, mon Seigneur et mon Dieu. Si je ne suis pas l’objet de ta colère, je ne crains rien. Je me réfugie dans la lumière de ta face qui affermit le monde et l’au-delà du monde. Il n’y a de force et de secours qu’en toi ».

Après ce pénible échec, le Prophète s’en retourne à la Mecque. Mais là une autre épreuve plus douloureuse l’attend : la mort vient lui enlever son unique protecteur, son oncle Abou Taleb.

Mais la scène de cette agonie nous laissera de précieux détails historiques pour le portrait psychologique de Mohammed à cette époque. C’était, en effet, pour lui, l’instant le plus terrible de sa carrière. Sa piété filiale se conjuguait au souci du Prophète pour sauver une âme particulièrement chère qui refusait obstinément le salut. Le neveu est épouvanté à la pensée que son oncle mourra idolâtre. Minute bouleversante pour lui, en qui parle le prophète qui veut, coûte que coûte, sauver l’âme de celui qui fut le meilleur des pères pour lui.

La voix entrecoupée de sanglots, il implore en vain le vieillard mourant de confesser l’Islam.

Mais, ramassant ses ultimes forces, ce dernier répond

« Fils de mon frère, je me rendrais volontiers à ton désir si je ne craignais le déshonneur ; mais je ne veux pas laisser croire aux Koraïchites que la peur de la mort m’aura converti à l’Islam ».

Et le neveu eut l’inconsolable douleur de voir son cher oncle partir de cette vie sans avoir quitté l’idolâtrie de ses pères.

Mais une autre perte plus douloureuse encore devait l’endeuillir bientôt. Peu de temps après, en effet, Mohammed perdait sa tendre et vertueuse compagne.

Cette double disparition le touchait dans ses plus profonds sentiments d’homme, et l’atteignaient tout autant dans les intérêts de sa mission : il perdait, avec son oncle et son épouse, l’appui moral et matériel qu’il possédait à la Mecque. D’ailleurs, son séjour va tout de suite y devenir impossible. Les Koraïchites, que le prestige personnel d’Abou Taleb retenaient jusque là, se déchaînaient maintenant. Ils voudraient la mise à mort de Mohammed pour sauver leurs intérêts politiques et leurs privilèges commerciaux parmi les tribus arabes.

Un complot se tramait : toutes les tribus devaient y mettre la main, afin que le sang de la victime ne retombât sur aucune en particulier.

biographie du prophéte

Le dernier Messager

Par Malek Bennabi
Dans l’étude du phénomène coranique, on ne saurait se passer de la connaissance aussi exacte que possible du « Moi » mohammadien. Cette donnée y est aussi nécessaire que l’est un système de repères dans l’étude des propriétés analytiques d’une fonction géométrique.

Le phénomène à examiner est, en effet, lié à la personne de Mohammed et, pour conclure sur la nature de ce lien, un premier pas serait d’établir un critère préliminaire constitué par tous les éléments propres à éclairer un « moi » qui est objet, témoin et juge en la matière.

Par conséquent, il y a lieu de s’entourer quant à ce témoin et à ce juge, des garanties qui nous permettent d’accorder le crédit nécessaire à son témoignage et à son jugement. Cela ne nous empêchera pas de faire, d’autre part, un second pas et un second critère nous permettant de juger directement par nous-mêmes du phénomène. Mais pour le moment, il est naturel de se poser, au sujet du témoin, les questions qu’on se pose ordinairement relativement au crédit moral et intellectuel de celui dont on voudrait enregistrer le témoignage. En particulier, sa lucidité d’esprit et sa sincérité ne doivent faire aucun doute pour être utilisables comme éléments historiques essentiels du problème.

Dans ce but, peut-être faudrait-il exposer tous les détails de la vie de Mohammed : chaque détail étant susceptible de fournir une donnée intéressant ce critère.

Mais nous n’estimons pas nécessaire d’accrocher dans une galerie déjà très riche, un nouveau portrait de Mohammed.

Le lecteur qui voudrait satisfaire le désir légitime de mieux connaître la figure prodigieuse de cet homme, a le loisir de consulter les nombreuses « Sirat En-Nabi » de l’école traditionaliste (voir Ibn Ishâq, Ibn Mess’ud, etc…) où les études biographiques sorties des imprimeries modernes.

Pour nous, il s’agit surtout d’esquisser un portrait psychologique dans lequel le détail biographique n’importe que sous ce rapport-là. Cette mise au point étant faite, la vie de Mohammed présente à nous comme deux étapes successives : l’époque précoranique s’étendant sur une durée de quarante ans, et l’époque coranique embrassant tout le laps de la révélation, soit vingt trois années. D’ailleurs, chacune de ces étapes est marquée par un événement capital qui y introduit une césure importante, la partageant en deux périodes secondaires.

En effet, le mariage avec Khadidja constitue, relativement à l’époque pré coranique, une solution de continuité remarquable puisque le futur prophète va s’absorber, semble-t-il, dans une retraite mystique jusqu’à la nuit mémorable de la révélation.

De même, la « Hidjra » apportera-t-elle dans l’époque Coranique, la coupure qui va séparer l’ère de la simple prédication de celle des triomphes militaires et politiques qui ouvriront au jeune empire musulman, la scène de l’histoire.

Nous allons examiner très sommairement ces périodes successives, en notant pour chacune d’elles les événements qui ont pu marquer la personnalité de Mohammed ou qui ont pu être marqué par elle afin d’éclairer autant que possible la nature du n entre le « Moi » mohammadien et le phénomène coranique.

Époque pré-Coranique, l’enfance et l’adolescence jusqu’au mariage

Une pieuse tradition commune à tous les peuples a toujours entouré de légende le berceau et la tombe des hommes prodigieux.

La tradition musulmane a, elle aussi, entouré le milieu familial, la naissance et l’enfance de Mohammed, de miracles annonciateurs de sa prodigieuse et unique destinée. Mais il n’est pas nécessaire de s’inquiéter de leur degré d’historicité puisqu’ils ne concernent pas directement notre sujet.

Nous porterons plus d’attention aux détails qui vont révéler peu à peu le caractère particulier de cet enfant qui ne cessera d’être, pour la douce Halima, sa nourrice, un sujet de joie et d’inquiétude à la fois.

L’enfant pousse chez elle comme une plante robuste du désert. Mais alors qu’il est encore au sein, il pleure chaque fois qu’on découvre sa nudité pour la toilette. Pour arrêter ses pleurs, sa nourrice n’avait qu’à le sortir, quand c’était la nuit, devant la tente :l’enfant aussitôt était absorbé par le paysage nocturne du firmament qui semblait exercer une irrésistible attraction sur ce regard où perlait encore la dernière larme.

L’enfant, grandi, va jouer maintenant dans les parages de la tente avec ses frères de lait.

Cependant, un épisode se produisit certainement qui changea le cours de la vie pour l’enfant. Quel était au juste cet événement ?

Un jour, dit-on, l’un des frères de lait du nourrisson était rentré essoufflé pour raconter, en bégayant, à la pauvre Halima effrayée, un épisode bizarre qui serait survenu à Mohammed. Celle-ci, bouleversée, serait partie sur le champ à la recherche et à la rencontre de son nourrisson qui lui aurait confirmé son aventure : « Deux hommes vêtus de blanc, aurait-il dit, s’étaient saisis de moi et, m’ayant ouvert la poitrine et le cœur, m’en ont extirpé comme un grumeau noir » (N. D. L. - Aucune source historique ne confirme cette anecdote).

La tradition voit dans cette scène l’extirpation symbolique du péché originel. Et certains exégètes y rapportent les versets suivants

« Ne t’avons-nous pas ouvert le cœur et ne t’avons-nous pas déchargé du fardeau qui accablait tes épaules ? » (CORAN XCIV - V. 1, 2.)

Toujours est-il que Halima avait ramené l’enfant à la Mecque alors qu’il avait quatre ou cinq ans.

Que pouvait-il avoir gardé dans son esprit de ce stage à la vie païenne et bédouine ?

Rien, assurément, qui ait pu imprégner son « Moi » en vue de la vocation future. Mais, peu après, la mort de sa mère Amina survenant, et l’enfant n’ayant plus de toit paternel, son grand-père Abd-El-Muttaleb le recueille.

Peu après, la mort frappe encore ce vieillard, et !’enfant est confié à son oncle paternel Abou Taleb, le père d’Ali. Mohammed avait alors sept ou huit ans.

Son tuteur, dans le foyer duquel, l’abondance ne régnait pas, s’occupait comme guide et intendant des caravanes mecquoises. Il allait ainsi périodiquement vers les centres syriens pour troquer les produits de l’Inde et du Yémen contre ceux des pays méditerranéens.

C’est ainsi qu’à l’occasion d’un de ces départs de caravanes, Mohammed, alors âgé de onze ou douze ans, supplia son oncle de l’emmener. Mais ce dernier refusa, ne désirant pas s’embarrasser d’un aussi jeune compagnon dans un voyage long et pénible. Cependant, l’enfant insista, fondit en larmes et se jeta dans les bras de son tuteur qui céda finalement devant une demande aussi émue.

Donc, voilà pour Mohammed l’occasion d’entrer en contact, pour la première fois, avec le monde extérieur. Jusqu’à douze ans, il avait ainsi vécu exclusivement dans un milieu arabe idolâtre, en gardant, dans les environs de la Mecque, les quelques chameaux de son oncle. C’est dire que jusque là aucune circonstance particulière d’ordre culturel n’avait encore marqué son existence d’orphelin vivant pauvrement Mais ce voyage inopiné va mettre sur le chemin de l’enfant le premier incident qui intéressera directement la future vocation.

En effet, quand la caravane eut atteint la ville de Bosra, en Syrie, le supérieur d’un monastère des environs fit un chaleureux accueil à la caravane des étrangers et leur accorda l’hospitalité chrétienne. Prenant ensuite à part l’oncle de Mohammed, le prêtre, que l’histoire nommera Bahira, lui dit

« Retourne avec ton neveu à la Mecque... L’avenir présage des événements glorieux au fils de ton frère ».

Abou Taleb avait-il accordé de l’importance à ce banal incident de voyage et en avait-il même fait part à son neveu, lui, qui devait mourir sans vouloir confesser l’Islam jamais ? En tout cas, le chef de la caravane mecquoise dut d’abord s’acquitter de sa mission commerciale avant de reprendre le chemin du retour. Quant à l’enfant, l’incident ne sembla pas avoir rien changé à sa manière de vivre comme tous les jeunes koréïchites. La tradition, si attentive aux faits de son histoire, n’avait rien noté de particulier depuis cet incident historique qui pu déceler quelque chose comme un « chemin de Damas » pour le futur prophète.

Mohammed a atteint l’adolescence dans sa ville natale où il se mêle maintenant à la jeunesse en subissant même ses tentations, sans y succomber pourtant. Les occasions de débauche n’y manquent pas cependant. Les lanternes rouges accrochées aux portes des courtisanes attirent cette jeunesse mecquoise, passionnée pour les armes, le charme féminin et la poésie. On s’enivre, rêvant aux prouesses d’Antar et aux aventures amoureuses d’Amrou El-Kais. Chacun nourrit l’espoir d’immortaliser son nom en accrochant un jour une « mo’allaquat » aux parois de la « Kaaba ».

Mohammed est emporté dans ce tourbillon. Parfois même, il ressent l’aiguillon de ses jeunes sens : il se dirige lui aussi vers le haut quartier de la ville, vers... une lanterne rouge. Mais toujours un incident fortuit vient l’en détourner. Sur ce point, ce n’est plus la légende qui parle, mais le témoin lui-même, c’est-à-dire l’histoire fondée sur les hadiths authentiques

D’ailleurs nous possédons sur ce point, un recoupement intéressant : le futur prophète rencontre certainement dans le tourbillon de cette jeunesse, plusieurs de ses futurs compagnons qui devinrent dans la suite, comme Omar, les champions, les héros et les martyrs de sa cause.

Il y a dans ce recoupement historique, un témoignage tacite des plus illustres noms de l’histoire musulmane, les « Walid » les « Othman » etc, qui portaient déjà sur le futur prophète un jugement laconique mais combien éloquent : El Amin. Il était à leurs yeux, dés cette époque, le fidèle, le sûr (Amin), et ce témoignage historique apporte pour le portrait psychologique que nous envisageons, un détail précieux.

Cependant, cette existence normale et simple se continue pour Mohammed sans rien de particulier dans sa trame quotidienne jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Mohammed est encore célibataire : il n’a pas su se marier, car pour prétendre à la main d’une honorable mecquoise, il aurait fallu verser une dot importante que ne lui permettait pas sa très humble condition.

Epoque pré-Coranique, Le mariage et la retraite

Cependant, à l’âge de vingt-cinq ans, un esclave nommé Maissarra vint lui faire des ouvertures de mariage. Il s’agissait d’une riche et noble veuve de la Mecque, nommée Khadidja. Mohammed refusa en faisant valoir sa trop modeste situation par rapport à la position considérable de l’épouse qu’on lui proposait. Mais l’émissaire, intelligent, avait su apaiser ses scrupules : Khadidja étant d’ailleurs intervenue elle-même pour le décider. Nous devons même à cette intervention un détail précieux pour l’histoire du phénomène coranique. Il devait sans doute exister à la Mecque, vers cette époque-là, une psychose particulière, comme il y en a toujours eu partout à la veille des événements importants comme la guerre par exemple. Les Mecquois s’attendaient au prophète promis dans la postérité d’Ismaël.

Voilà donc marié cet homme « privé des biens de la fortune » mais doué de « vertu et de grandeur d’âme ».

Ces traits correspondent bien à la physionomie d’El Amin, et coïncident, de toute façon, avec le portrait historique du héros de la plus grande épopée le l’histoire religieuse.

Mais voici que son existence normale va brusquement changer : Mohammed va se retirer de la société mecquoise, s’écarter de son milieu, se recueillir dans une retraite qui aura son dénouement au Mont Hira.

Quel bagage spirituel et intellectuel avait-il pu emporter dans cette retraite d’où jaillira, quinze ans plus tard, la lumière coranique ?

Nous savons qu’à son époque, les mœurs païennes de son milieu se superposaient à un vieux ton de monothéisme traditionnel qui se reflète d’ailleurs assez bien dans la Khitba d’Abou Taleb. Mais ce monothéisme atavique n’implique aucun culte particulier : la Ka’aba était surtout le temple des idoles ou la scène politique des familles patriciennes. Quand à la vie culturelle de la Mecque, elle s’était depuis longtemps organisée selon la règle d’un syncrétisme intertribal : Hobal, El-Lat, Uzza, es arabes, ni leurs coutumes, surtout guerrières. Cela explique ’ailleurs la lutte âpre qui s’engagera bientôt entre les tenants de et ordre djahilien et l’Islam naissant. Même ce vénérable et oble koréïchite qu’était Abou Taleb, dont on vient de citer les aroles si nobles et si élevées de sa « khitba », mourut sans abjurer cependant les idoles, malgré les supplications désespérés de son neveu.

Telle était la vague idée que le futur prophète pouvait avoir emporté dans sa retraite sur la religion de l’ancêtre Abraham. Il faut ajouter, toutefois, que cette religion avait survécu dans un état plus pur chez quelques mystiques qu’on nommait à époque : « les Hanifs ». Ces « hanifs » étaient des hommes assez curieux qui se séparaient de l’idolâtrie de leur époque pour se consacrer à l’adoration d’un Dieu unique (1). Mais la vie mystique de ces ascètes ne s’accompagnait d’aucune règle particulière ni d’aucune forme liturgique. A fortiori, ne devaient-ils point avoir de filiation spirituelle avec une secte quelconque des Écritures. La chronique de l’époque ne signale aucune église à la Mecque ni aucune synagogue ni de Monastère dans les environs.

Les « hanifs » se retiraient simplement dans quelque lieu solitaire sans rompre d’ailleurs tout à fait avec le siècle. Pour seule règle mystique, ils pratiquaient le « Zuhd » ou renoncement, ce qui indique assez l’empreinte du désert sur leurs âmes. En effet, le « Zuhd » est dans le tempérament même du Bédouin dont la fortune est constamment à la merci d’une sécheresse ou une razzia. Dans les mots mêmes qu’Abou Taleb a prononcés l’occasion des fiançailles de Mohammed sur les « les biens qui ne sont qu’un dépôt qu’on rendra tôt ou tard » s’exprime bien plus l’âme du désert que l’esprit des couvents.

L’effort mystique des « hanifs » ne tend ni vers la morale chrétienne ni vers la légalité mosaïque, mais vers quelque chose comme une simple discipline individuelle dont nous trouvons expression morale la plus sublime dans les poésies de Kuss, lequel - si même il avait été chrétien comme on le dit - n’a laissé pour l’histoire que des vers étincelants du plus pur génie du désert.

Mais, apparemment, l’empreinte abrahamique était encore assez sensible dans le milieu djahilien à cette époque, puisqu’il surgissait, ça et là, un « hanif ». Mais cette empreinte est uniquement de tradition arabe, et n’avait rien de commun avec ta pensée judéo-chrétienne dont le courant spirituel avait pris naissance bien longtemps auparavant, avec le premier mouvement prophétique en Israël, c’est-à-dire avec Moïse.

Même de nos jours, après treize siècles de cette culture islamique qui a forcément imprimé son caractère à l’esprit arabe du désert, le folklore monothéiste n’y est pas encore tellement répandu, et beaucoup de musulmans du Nord du « Nejd » ignorent encore assez la chronologie judéo-chrétienne (2).

Par conséquent, il n’est pas logique de supposer aux « hanifs » plus de connaissances qu’à nos contemporains, sur le courant de pensée et l’histoire du monothéisme. Il est facile d’imaginer, avec quel maigre viatique, avec quelles notions ordinaires et dans quelles intentions normales, Mohammed va, après son mariage, s’isoler de son siècle, comme le faisait le « hanif » de son époque. Il est toutefois utile de préciser que les conditions que nous venons de noter sont d’autant plus certaines dans le cas de Mohammed, qu’il était « Ummi » : un analphabète à qui, par conséquent, aucune information religieuse écrite n’était possible. C’est là, d’ailleurs, une remarque superfétatoire, puisque comme nous le montrerons plus loin, cette source écrite elle-même faisait défaut.

Maintenant, sur cette retraite de quinze années, quels renseignements avons-nous ?

A part quelques détails biographiques, relatifs à la vie conjugale et familiale de Mohammed, nous ne savons rien quant à l’organisation de sa vie spirituelle à cette époque.

Va-t-il se plonger dans une profonde méditation du problème religieux, guidé par une sorte d’intuition de la future vocation ? L’éminent orientaliste Dermenghem a répondulà-dessus d’une façon affirmative. Mais cette réponse nous semble plutôt due à l’imagination de l’auteur qui n’avait pas apparemment recueilli sur ce point, un témoignage historique pourtant inattaquable, celui du Coran. Or, ce livre nous dépeint rétrospectivement l’état d’esprit chez Mohammed avant la révélation dans les termes suivants : « Tu n’aspirais pas certes à recevoir le Coran. Ce n’est qu’une faveur de ton Dieu. Ne prête point d’appui aux incroyants ». (Cor. XXVIII. - V. 86).

Qu’est-ce à dire, sinon que Mohammed ne nourrissait aucune espérance à un rôle messianique pour lui-même, ni avant ni pendant sa retraite. C’est pourtant bien la signification psychologique du verset dont la portée historique a échappé à M. Dermenghem bien qu’il n’ait jamais douté de l’historicité du Coran.

Il faut noter d’ailleurs qu’une telle signification n’est liée qu’à une seule condition nécessaire et suffisante : la sincérité absolue de Mohammed. C’est précisément le but de ce critère d’établir cette condition préalable essentielle afin de voir dans le Coran, en plus de son caractère historique certain, un miroir rétrospectif, quelque chose comme un rétroviseur, dans lequel nous pouvons saisir, par réflexion, les divers états qui ont marqué l’histoire intime du « Moi » mohammadien. En sorte que nous pouvons voir dans le verset ci-dessus, la peinture exacte de l’état d’âme chez Mohammed à l’époque du Ghar Hira.

Il n’y a donc aucune raison de prêter au fidèle « El Amin » une intention apprêtée de préméditer, au moment où il va se retirer du monde, après son mariage. Les conclusions du présent critère renforceront, chemin faisant, ce jugement anticipé.

Il y a cependant un point obscur : les historiens modernes s’étonnent que la tradition possédât si peu de renseignements sur cette retraite qui est pourtant la période capitale - au point de vue psychologique - pour l’histoire de la future vocation.

En effet, nous ne possédons que très peu de détails là-dessus. Mais il n’y a rien d’étonnant à cela : l’histoire ne pouvait que suivre les traces du futur prophète dans la mémoire de ses contemporains. Or, il s’est précisément effacé et dérobé aux regards de son temps pour demeurer durant quinze ans le solitaire de la Mecque ou du Mont Hira. Et nous trouvons dans sa discrétion sur ce point, la preuve que la tradition parfois accusée de majorations - est au contraire d’une parfaite circonspection, quand les détails historiques lui font réellement défaut.

Faute de ces détails, pour nous-mêmes, nous sommes obligés de recourir aux recoupements et aux documents psychologiques fournis par le Coran. Nous justifions cette position par la pérennité du « moi » mohammadien durant toutes les étapes de sa vie, depuis la scène de son mariage, qui nous a permis de recueillir quelques données positives sur ce moi.

Or, cet homme, qui s’est éclipsé de la scène de l’histoire durant quinze ans, va y reparaître pendant vingt-trois ans pour vivre, penser, parler et agir plus que jamais en pleine lumière. En effet, nous connaissons, en ce qui concerne la période coranique, même jusqu’aux détails futiles de sa vie conjugale grâce à cette tradition, tout à l’heure si discrète. Il est donc possible d’éclairer les traits essentiels de sa retraite par les recoupements de sa vie ultérieure. Or, c’est Mohammed lui-même qui nous indiquera plus tard sa manière d’employer son temps. En-Nawawi rapporte en effet le hadith suivant : « Le croyant doit partager sa vie entre l’adoration de Dieu, la contemplation de son oeuvre et l’effort quotidien pour assurer son existence terrestre ».

Si nous admettons la pérennité du « Moi » mohammadien, voilà donc tracé pour nous le programme de vie que devait suivre Mohammed, notamment dans la période de sa retraite. D’ailleurs les habitudes se fixent plus particulièrement chez l’adolescent pour se refléter par la suite dans toute sa vie, et c’est, pensons-nous, le cas pour Mohammed, quand son épouse Aicha lui fera plus tard une remarque empreinte du souci de sa santé sur ses très longues stations debout, dans ses prières surérogatoires. C’était là, certainement, une habitude fixée chez le prophète depuis l’époque de sa retraite.

Donc, si le Prophète accordait une si large part à la prière dans son emploi du temps, alors que les soucis des détails matériels de sa mission le pressaient, combien plus librement ne devait-il pas s’y consacrer quand il n’avait encore à faire face à aucun détail de la vie matérielle et publique. Par conséquent, il n’y a pas lieu de s’étonner de trouver si peu de documents sur cette période de sa vie qui était positivement sans histoires.

Ce n’est que vers la fin de cette période que les échos de cette retraite parviendront au monde extérieur avec la nouvelle sensationnelle de la venue du Prophète attendu.

Notes :

Abu-dharr EP-Ghifari vécut dans cet état, trois années avant de connaître le Prophète et d’embrasser l’Islam.

Raswan : étude sociologique.


Extrait de « le phénomène Coranique » de Malek Bennabi, 1946, édité par "International Islamic Federation of Student Organizations

.........Dans l’Univers......

Par Abdedayem Kaheel

www.kaheel7.com

Dieu dit : « Et dans les cieux et sur la terre, que de signes auprès desquels les gens passent, en s'en détournant! »

Beaucoup sont les miracles astronomiques qui nous entourent et auxquels on ne prête pas grande attention. Parmi ces miracles : le champ magnétique terrestre.

Notre terre se caractérise par un champ magnétique qui s’étend sur plus que 60 milles kilomètres dans l’espace. Il se situe dans une zone appelée magnétosphère. Ce champ empêche plusieurs molécules dangereuses émises par le soleil et emportées par les vents solaires, de pénétrer l’atmosphère terrestre.

Les scientifiques affirment que le soleil émet plus qu’un milliard de kilogrammes de matières dangereuses chaque seconde !!

Effectivement une partie de ces matières s’approche de la terre et s’éparpille à la frontière de la couche atmosphérique de la terre. Allah a assuré pour cette couche une capacité extraordinaire de faire face à l’attaque solaire! Ces molécules sont sous forme de rayons électroniques, de rayons de protons et d’atomes ionisés composés des différentes substances connues. Elles se déplacent à une vitesse supérieure à celle du son, et qui peut atteindre jusqu’à 800 Km/s, et quand elles arrivent au champ magnétique de la terre, elles décelèrent progressivement jusqu’ à ce que leur activité s’anéantisse.


Quand les vents solaires supportant les molécules dangereuses et rapides s’approchent, elles décélèrent à la frontière du champ magnétique terrestre. ce champ en exclut une grande partie et ne laisse passer qu’une petite portion qui réagit avec les atomes de la couche terrestre et les excite, mais ils se stabilisent en émettant les rayons lumineux qu’on voit sous forme d’aurore polaire ; ce phénomène compliqué qu’on n’a pas encore compris intégralement.



Une partie de ces molécules s’approche assez de la terre, mais, grâce à Dieu, elles s’éparpillent pour donner ce qu’on appelle l’aurore polaire ! C’est l’une des plus jolis phénomènes astronomiques. Le champ magnétique terrestre est le plus puissant par rapport aux autres plantes, chose sans laquelle la vie sur terre aurait été impossible.

C’est là alors qu’on comprend pourquoi Dieu a juré par ce phénomène : aurore polaire.

Les scientifiques disent que le phénomène de l’aurore boréale est le plus beau phénomène astronomique et le plus serviable à l’Homme à son insu. C’est ici que le croyant doit se rappeler du verset coranique : « Et si vous comptez les bienfaits d'Allah, vous ne saurez pas les dénombrer. Car Allah est Pardonneur, et Miséricordieux ».

Quand on contemple ce verset et le lien qu’il a fait entre les grâces innombrable d’une part, et la miséricorde et la clémence de l’autre part, on peut déduire qu’on peut atteindre la clémence de Dieu en le remerciant pour ses grâces.


le phénomène de l’aurore polaire est considéré comme une décharge de l’énergie générée par les vents solaire. gloire à Allah !même quand il nous épargne les dangers nous entourant, il nous montre une vue artistique formidable pour la contempler. si ces matériaux venant du soleil pouvaient atteindre la surface de la terre, on aurait été brûlé et devenu des cadavres carbonisés, mais Allah a créé la couche atmosphérique pour les écarter et décharger son énergie sous forme d’un joli aurore boréale,ce Dieux ne mérite-t-il pas d’être glorifié :Gloire à Allah !

Des millions de faits et de chocs se passent hors la terre, sans qu’on s’en rende compte, parce que ce champ magnétique nous protège. en effet, les scientifiques ont détecté récemment un choc violent entre les vents solaires (des molécules chargées électriquement) et le champ magnétique terrestre, qui ressemble à une bataille féroce, qui s’achève par la victoire du champ qui a fait face bravement à cette attaque!!

Les oiseaux voient le champ magnétique !

Dieu dit : « N'ont-ils pas vu les oiseaux assujettis [au vol] dans l'atmosphère du ciel sans que rien ne les retienne en dehors d'Allah? Il y a vraiment là des preuves pour des gens qui croient. » TSC, An-Nahl (LES ABEILLES) : 79).

Dieu a créé pour les oiseaux des outils pour se positionner lors de leurs vols, ce que confirment les recherches scientifiques récentes.

Henrik Mouritsen, Le professeur de la science des nerfs sensationnelles à l’université OldenBurg en Allemagne, dit : « les études ont aboutit à ce que les oiseaux sont équipées par des systèmes particuliers dans leurs yeux, connectés avec des cellules nerveuses dans le cerveau, qui permettent de voir les lignes du champ magnétique terrestre ! ».


Dieu a créé pour les oiseaux des systèmes particuliers dans leurs cerveaux, qui leur permettent de voir les lignes du champ magnétique terrestre en bleu, ce qui l’aide pour se localiser. ces centre se situent dans la zone frontale du cerveau, comme le stipule le Coran : « Il n'y a pas d'être vivant qu'Il ne tienne par son toupet. Mon Seigneur, certes, est sur un droit chemin. " (TSC, Hoûd : 56).

Les grâces divines ne se limitent pas à l’Homme, mais elles touchent toutes les créatures terrestres. En effet, les scientifiques ont découvert que tous les animaux profitent, d’une façon ou d’une autre, de ce champ magnétique, pour se localiser et déterminer leur destination.

Une grâce très précieuse !

Des études affirment que le champ magnétique terrestre est une grande grâce, faute de laquelle la vie n’aurait pas existé sur terre. Quand les scientifiques ont étudié les autres planètes du système solaire, ils ont trouvé que la majorité ne possède pas de champ magnétique. Par exemple, Mars ne possède pas de champ magnétique, c’est pourquoi il est exposé aux vents solaires dangereux qui s’y approchent facilement et provoquent une grande augmentation de température à sa surface.


Photo de Mars, la planète qui ressemble le plus à la terre. Il n’abrite aucune trace de vie, mais les scientifiques continuent à y chercher les formes primaires de vie. certains scientifiques croient que Mars contenait de l’eau, et que ,faute de protection devant les vents solaires, il s’est évaporé et son sol a commencé à se détériorer, jusqu’à nos jours, avec un ratio de 100 Tonne par jour, jusqu’à ce que la vie y disparaît. arrivons nous maintenant, cher frère, à bien voir la grâce de Allah : « Et Nous avons fait du ciel un toit protégé. Et cependant ils se détournent de ses merveilles. " (TSC, Al-'Anbiyâ' (LES PROPHETES) : 32).

La direction du champ magnétique terrestre change fréquemment. On trouve par exemple que le nord magnétique se déplace à environ 15 Km/an (d’après NASA), et il bascule à travers des milliers (ou des millions) d’années, pour changer sa direction vers le sud, et ainsi de suite. Ce phénomène agit sur les êtres vivants sur terre et sur la vie générale. La raison de ce mouvement est la rotation continue du fer existante dans le noyau de la terre.

Les scientifiques affirment que le champ magnétique terrestre a été beaucoup plus puissant qu’à cette époque, et qu’il est en dégradation continue. Et il se peut qu’il viendra le jour ou il s’anéantira et laissera les vents solaires pénétrer à travers la couche atmosphérique pour atteindre les océans et augmenter leur température, ce qui conduirait à la dissociation de l’eau en Hydrogène et Oxygène. Ce qui provoquerait une explosion dangereuse. Dans le Coran deux versets signalent les faits du jour de jugement dernier : « et les mers allumées, " (TSC, At-Takwîr (L'OBSCURCISSEMENT) : 6). », Puis il dit dans la sourate suivante : « et que les mers confondront leurs eaux, (TSC, Al-'Infitâr (LA RUPTURE) : 3). ».

La nuit pour le calme

Ces vérités montrent clairement que la face terrestre exposée au soleil vit un mouvement violent et des réactions puissantes entre le champ magnétique et les vents solaires. Cependant, la face obscure de la terre se trouve calme, ce qui est cité dans le Coran : « Fendeur de l'aube, Il a fait de la nuit une phase de repos; le soleil et la lune pour mesurer le temps. Voilà l'ordre conçu par le Puissant, l'Omniscient. (TSC, Al-'An`âm (LES BESTIAUX) : 96).

Ce verset signale implicitement les réactions du jour et dont résulte l’explosions des molécules chargées électriquement ,venant du soleil vers la terre, et qui se cassent comme des vagues au bord de la mer.»,

Le soleil est créé pour nous servir, cependant, si nous recevons toutes les molécules qu’il émet suite aux réactions nucléaires qui s’y produisent, nous serions brûlés immédiatement, mais grâce à Dieu ces couches atmosphériques entourant la terre et la protégeant du soleil, et qui ne laissent passer que les rayonnements essentiels et indispensables pour notre vie.

Chaque couche atmosphérique joue un rôle distinct. En effet, il y a une couche qui empêche les rayons ultraviolet de pénétrer, une autre pour faire obstacle aux rayons astronomiques dangereux, ainsi de suite, jusqu’à arriver à la dernière couche, qui est le champ magnétique, qui, grâce à Allah qui lui a donné sa nature magnétique, dévie les trajectoires des molécules chargées pour les éloigner de la terre, à part une petite partie qui n’a pas d’impact. Ceci est dit dans le Coran : « Et Nous avons fait du ciel un toit protégé. Et cependant ils se détournent de ses merveilles. " (TSC, Al-'Anbiyâ' (LES PROPHETES) : 32). ».

Ce champ est également un miroir qui réfléchit les vents solaires et les éparpille dans l’espace.


Dieu a créé pour notre terre sept couches qui l’entourent et la protégent. ils sont positionnées une sur l’autre, et chacune a son rôle particulier. sans ces couches, la vie sur terre aurait été insupportable..

Arrivant là, j’aimerais dire à ceux qui croient en la Nature : qui a enseigné à la terre comment se protéger avec ce système compliqué ?qui a dit à ces couches d’entourer la terre et la protéger de danger du rayons du soleil et des planètes ? N’est ce pas Allah ?

Devant ces vérités, on ne peut que dire : Gloire à Allah !malgré toutes ces grâces, certains refusent toujours de croire. Dieu dit : « Ne voyez-vous pas qu'Allah vous a assujetti ce qui est dans les cieux et sur la terre? Et Il vous a comblés de Ses bienfaits apparents et cachés. Et parmi les gens, il y en a qui disputent à propos d'Allah, sans science, ni guidée, ni Livre éclairant." (TSC, Louqmân : 20). ».

decouvrire l'islam

Que disent-ils du Coran ?

L'humanité n'a eu connaissance des commandements de Dieu que par deux voies : en premier lieu la parole de Dieu et en second lieu les Prophètes qui ont été choisis par Dieu afin de communiquer sa volonté aux êtres humains. Ces deux voies vont de paire et toute tentative pour connaître la volonté de Dieu en négligeant l'une ou l'autre de ces voies, a toujours été trompeuse. Les hindous, délaissant leurs prophètes, se plongèrent dans leurs livres qui se révélèrent être des rébus dans lesquels ils s'égarèrent. De même, les chrétiens ne prêtèrent guère attention au livre de Dieu, n'accordèrent d'importance qu'au Christ et non seulement ils lui donnèrent le rang de divinité, mais négligèrent jusqu'à l'essence du Tawhid (monothéisme), contenue dans la Bible.



En réalité les principales écritures révélées avant le Coran, c'est-à-dire l'Ancien Testament et l'Evangile, n'ont été transcrites sous forme de livres qu'après le temps des prophètes et ce fut alors après traduction, car les disciples de Moïse et de Jésus ne firent guère d'efforts pour préserver ces révélations du vivant de leurs prophètes. Elles ne furent écrites que longtemps après la disparition de ceux auxquels elles avaient été révélées. C'est ainsi que la Bible, telle que nous la connaissons à l'heure actuelle (l'Ancien et le Nouveau Testament), est composée de traductions de récits individuels concernant les révélations originelles et contenant les ajouts et suppressions faits par les disciples des prophètes en question. Tout au contraire, le dernier livre révélé, le Coran, subsiste dans sa forme originelle. Dieu a veillé Lui-même à ce qu'il soit préservé. C'est la raison pour laquelle le Coran a entièrement été écrit du vivant du Prophète Muhammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) sur des feuilles de palmier, des morceaux de parchemin, des os, etc.



De plus, des dizaines de milliers de compagnons du Prophète mémorisèrent le Coran dans son entier. Le Prophète lui-même le récitait à l’ange Gabriel une fois par an et deux fois, alors qu'il était sur le point de mourir. Plus tard, le premier Calife, Abou Bakr chargea Zaid Ibn Thabit, le scribe du Prophète, de rassembler les écrits du Coran en un seul volume, qui ne quitta pas Abou Bakr jusqu'à sa mort. Il passa alors aux mains du second Calife Omar, puis à celles de l'épouse du Prophète, Hafsa. Le troisième Calife Othman fit faire plusieurs copies de ce volume original et les envoya dans les différents territoires musulmans.



Le Coran fut méticuleusement préservé, car il devait être le Livre des commandements qui allaient guider l'humanité pour l'éternité. C'est pour cette raison qu'il ne s'adresse pas seulement aux Arabes, bien qu'il fût révélé dans leur langue. Il s'adresse à l'homme en tant qu'être humain. « Ô Homme ! Qui t'a détourné de ton Seigneur » (Le saint Coran, chapitre La rupture, verset 6).



L'application des préceptes coraniques est montrée par l'exemple de Muhammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) et des pieux musulmans à travers les âges. L'approche du Coran est caractérisée par les instructions données qui ont pour objectif le bien-être de l'homme et s'appuient sur les moyens qui sont à la portée de celui-ci. La sagesse coranique est décisive en toutes choses. Elle ne condamne ni ne martyrise la chair, mais elle ne néglige pas l'âme. Elle ne donne pas forme humaine à Dieu et elle ne déifie pas l'homme. Chaque chose a sa place dans la création.



Pour tout dire, les érudits qui prétendent que Muhammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) est l'auteur du Coran, soutiennent quelque chose d'humainement impossible. Un individu quelconque du VIe siècle de l'ère chrétienne aurait-il pu émettre des vérités scientifiques telles que celles que contient le Coran ? Aurait-il pu décrire l'évolution de l'embryon dans l'utérus avec autant de précision que dans la science moderne ? D'autre part, peut-on logiquement penser que Muhammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), qui jusqu'à l'âge de 40 ans n'était connu que pour son honnêteté et son intégrité, aurait commencé tout d'un coup à produire un livre dont la qualité littéraire reste inégalée, et dont l'équivalant n'a jamais été produit par aucun de ceux qui forment la cohorte des plus grands poètes et orateurs arabes ? Enfin, est-il justifié de dire que Muhammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), surnommé Al-Amin (celui qui est digne de confiance) par ses contemporains, dont les érudits non-musulmans continuent d'admirer l'honnêteté et l'intégrité, aurait apporté de fausses assertions et entraîné à sa suite des milliers d'hommes de caractère, honnêtes et intègres, capables d'établir la meilleure société humaine sur terre, avec des mensonges ?



En réalité, tous ceux qui cherchent la vérité avec sincérité et impartialité, croiront que le Coran est le Livre révélé par Dieu.

Sans toutefois être entièrement en accord avec tout ce qu'ils disent, nous citons ici les opinions de quelques érudits non musulmans sur le Coran.



« Le lecteur pourra constater que le monde moderne s'approche de plus en plus de la vérité en ce qui concerne le Coran. Nous appelons tous les érudits sans préjugés à étudier le Coran à la lumière de ce qui a été dit ici. Nous sommes convaincus que le lecteur ne pourra qu'être persuadé que le Coran n'aurait jamais pu être écrit par un être humain. Aussi souvent que nous le lisons, au départ et à chaque fois, il (le Coran) nous repousse. Mais soudain il séduit, étonne et finit par forcer notre révérence. Son style, en harmonie avec son contenu et son objectif, est sévère, grandiose, terrible, à jamais sublime. Ainsi, ce livre continuera d'exercer une forte influence sur les temps à venir. » Goethe cité dans "Dictionary of Islam " de T.P. Hughes, p.526.


« Le Coran occupe, de l'aveu général, une position importante parmi les plus grandes écritures religieuses du monde. Bien qu'étant la dernière-née des œuvres inoubliables de ce type de littérature, il n'y a aucune d'elles qui le surclassent dans le merveilleux impact qu'il a su créer sur une multitude d'hommes. Il a fait naître un tout nouvel aspect de la pensée humaine et un caractère tout aussi nouveau. D'abord, il convertit de nombreuses tribus hétérogènes des déserts de la péninsule arabe en une nation de héros, et fonda par la suite les grandes institutions politico-religieuses caractéristiques du monde musulman, qui constituent une des forces majeures avec lesquelles L'Europe et l'Orient doivent compter aujourd'hui. » G. Margoliouth, Introduction au "Koran" de J.M. Rodwell. New York, Everyman's Library 1977, p. VII.


« Bref, c'est une œuvre qui crée des émotions tant vives qu'inconsistantes, même chez le lecteur éloigné dans le temps et bien plus encore, par rapport au développement intellectuel. » Dr. Steingass, cité dans "Dictionarv of Islam " de T.P. Hughes, pp. 526-7.


« Ce dernier constat rend inacceptable l'hypothèse de ceux qui voient en Muhammad l'auteur du Coran. Comment un homme, illettré au départ, aurait-il pu en devenant par ailleurs, du point de vue de la valeur littéraire, le premier auteur de toute la littérature arabe, énoncer des vérités d'ordre scientifique que nul être humain ne pouvait élaborer en ce temps-là, et cela, sans faire la moindre déclaration erronée sous ce rapport ? » Maurice Bucaille, La Bible, Le Coran et la Science Edition 1978, p. 126.


« Peut-être que l'on ne saurait donc, ici, évaluer ses mérites en tant qu’œuvre littéraire, suivant des règles préconçues, nées d'un goût esthétique et subjectif, mais plutôt par rapport aux effets qu'il eut sur les contemporains et les compatriotes de Muhammad. S'il a choisi un ton aussi austère et convaincant pour s'adresser aux cœurs de ses auditeurs, pour souder des éléments centrifuges et antagonistes en un ensemble compact et bien structuré, animé par
des idées jusqu'alors inconnues de l'intellect arabe, son éloquence était sans doute parfaite, tout simplement du fait d'avoir converti des tribus sauvages en une nation civilisée et ajoute une nouvelle trame a la vieille chaîne de l'histoire. » Dr. Steingass, cité dans "Dictionary of Islam " de T.P. Hughes. p. 528.


« Voulant par la présente tentative surclasser mes prédécesseurs et proposer quelque chose qui saurait faire résonner, quoique faiblement, la rhétorique sublime du Coran arabe, j'ai éprouvé toutes les peines à maîtriser les rythmes complexes et magnifiquement variés qui, outre le message lui-même, permettent au Coran de compter incontestablement parmi les plus grands chefs-d'œuvre littéraires de l'humanité... Cette caractéristique particulière, cette "symphonie inimitable" ainsi que le croyant Pickthall décrit son Holy Book "dont les airs poussent les hommes à l'extase et aux larmes" - a été presque totalement ignorée par les traducteurs précédents. Ainsi, on ne s'étonne guère de constater que ce qu'ils ont écrit paraît terne et plat par rapport à l'original, somptueusement orné. » Arthur J. Arberrv, Thé Koran Interpreted, London. Oxford L’Universily Press. 1964 p. X.


« Une analyse puisement objective du Coran à la lumière des connaissances modernes, nous amène à reconnaître l'harmonie existant entre les deux, ainsi qu'on l'a fait ressortir à maintes reprises. On a du mal à s'imaginer qu'un homme du temps de Muhammad ait pu être l'auteur de telles affirmations. Compte tenu du niveau intellectuel de l'époque, de telles considérations répondent en partie de la place exceptionnelle qu'occupe la révélation coranique et contraignent le scientifique impartial à admettre son incapacité de fournir une explication fondée uniquement sur la logique matérialiste. » Maurice Bucaille, Le Coran et la Science Moderne. 1981. p. 18

Comment Les Inventeurs Musulmans Ont-ils Changé Le Monde (par Dr Feisal alkassem)

Comment Les Inventeurs Musulmans Ont-ils Changé Le Monde ?




Par Dr. Feisal Alkassem

Alors qu’un nombre de libéraux arabes ont tenu dernièrement à attaquer l’arabisme et l’islam voire les défigurer en les considérant comme un symbole du retard civilisationnel et humanitaire, joignant ainsi les détracteurs de l’islam, une association britannique scientifique a inauguré une exposition scientifique et islamique qui commémore les réalisations des musulmans dans le domaine scientifique, qui ont changé le monde. Paule Valily, dans le quotidien de l’Independant, a cité une vingtaine d’inventions musulmanes qui ont contribué à l’évolution et au développement de la vie moderne.

Savez-vous que les musulmans étaient les premiers á découvrir le café et á le transformer en une boisson internationale ?L'histoire raconte qu'un Arabe appelé Khalid faisait paître ses chèvres dans la région de Kaffa de l'Ethiopie méridionale, quand il a remarqué que ces animaux sont devenus plus animés après avoir mangé une sorte de baie. Il bouillit ces grains et fit le premier cafè-boisson dans le monde. Les soufis (une secte musulmane) furent à avoir importer ces haricots d'Ethiopie vers le Yémen. Ils en buvaient pour rester éveillés toute la nuit pour prier et faire leurs cultes spéciaux. Vers la fin du 15ème siècle, le café arriva à la Mecque et en Turquie d'où il fit son chemin vers Venise en 1645. Il a été apporté en Angleterre vers la moitié du 17eme siècle par un Turc appelé Pasqua Rosee qui a ouvert le premier café dans la rue de Lombard á Londres. Le qahwa arabe est devenu le kahve turc puis le caffé italien et puis le café anglais (Coffee).

Savez-vous que le physicien musulman Al-Hassan Ibn Al-Haitham est l’inventeur de l’appareil photo. Son nom est tiré du ‘qamara’ arabe, qui veut dire une salle foncée ou privée.

Savez-vous que le jeu d’échecs a été développé sous la forme que nous connaissons aujourd'hui en Perse. L’origine du mot vient du ‘rukh’ persan, qui signifie le château.

Savez vous que, Mille ans avant les frères Wright, un poète musulman, astronome, musicien et ingénieur Abbas Ibn Firnas avait fait plusieurs tentatives de construire une machine de vol. Il a sauté du minaret de la grande Mosquée à Cordoue à l'aide d'un manteau lâche renforcé par des contrefiches en bois créant ce qui est pris pour être le premier parachute. Après, il avait perfectionné une machine de soie et de plumes d'aigles qui lui avait permis de rester en air, sautant d'une montagne, pendant dix minutes ; mais il s'est brisé lors de l'atterrissage. Il en déduit, qu’un dispositif en guise de queue devrait être la cause de l’échec.

Savez vous que les musulmans étaient derrière la recette pour le savon que nous employons toujours aujourd'hui. C’était les Arabes qui ont combiné les huiles végétales avec de l'hydroxyde de sodium et des composés aromatiques tels que le thym. A l’opposé, et selon les narrateurs de l’époque, les occidentaux qui avaient conquis les terres des arabes lors des croisades entaient une odeur si nauséabonde. L’Angleterre avait connu le shampoing grâce à un musulman qui finit par être nommé responsable de l’hygiène dans le palais des deux rois George et Williams IV.

Savez vous que le fondateur de la chimie moderne, le scientifique musulman Ibn Hayyan El-Jabir était le premier á développer plusieurs processus et appareils de base de liquéfaction, cristallisation, distillation, purification, oxydation, évaporation et filtration qui sont toujours en service de nos jours !
Une des inventions mécaniques les plus importantes dans l'histoire de l'humanité, avait vu le jour grâce à un ingénieur musulman appelé l'Al-Jazari. Il avait mis au monde le premier système de valves et de pistons lui permettant de l'eau pour l'irrigation. Son livre de 1206 montre sa connaissance des dispositifs mécaniques ingénieux et montre qu'il a conçus certainement les premières horloges mécaniques conduites par l'eau et le poids, et c'est le père de la robotique et de la serrure à combinaison.

Savez vous que les ingénieurs musulmans sont les premiers á projeter les arcs géométriques qui ont été empruntés ultérieurement par les européens dans le domaine de l’architecture. C’est grâce au génie islamique que les occidentaux ont bâti les citadelles et les châteaux ainsi que les tours grandioses.

Beaucoup d'instruments chirurgicaux modernes sont exactement de la même conception que ceux conçus au 10ème siècle par un chirurgien musulman appelé l'Al-Zahrawi. Ses scalpels, scies d'os, forceps, ciseaux fins pour la chirurgie d'œil et plusieurs des 200 instruments qu'il a conçus sont reconnaissables à un chirurgien moderne. C'était lui qui a découvert que le catgut utilisé pour les points internes se dissout naturellement (une découverte faite quand son singe avait mangé ses cordes de luth) et qu'il peut être également employé pour des fins chirurgicales. Au 13ème siècle, un autre médecin musulman appelé Ibn Nafis a décrit la circulation du sang, 300 ans avant William Harvey. L’anesthésie, elle aussi, fait référence dans son invention aux médecins musulmans. Ils étaient les premiers à avoir mis en place une recette d’opium mélangé à de l’alcool ayant des effets anesthésiques. Ils furent également les inventeurs des premières techniques et procédés pour la vaccination, longtemps avant Pasteur. Leurs idées furent importées en Europe par l’épouse de l’ambassadeur britannique à Istanbul en 1724.

Les premiers stylos à billes ont été inventés lorsque le Sultan d'Egypte ait exigé, en 953 après qu’on lui fabrique un stylo qui ne souillerait pas ses mains ou ses vêtements. Et le voilà actuellement utilisé dans le monde entier.

Le système de numérotation actuellement en service dans le monde est probablement d'origine indienne mais le modèle des numéros est arabe et apparus le premier dans une copie de travail de deux mathématiciens musulmans: Al-Khawarizmi et Al-Kindi autour de 825.

L'algèbre a été baptisée du nom de livre d'Al-Khawarizmi, Wa-Al-Muqabilah d'Al-Jabir, dont une grande partie du contenu est toujours en service. Le travail de ses disciples musulmans a été importé dans l'Europe 300 ans après par le mathématicien italien Fibonacci.
Les algorithmes et une grande partie de la théorie de trigonométrie sont venus du monde musulman. Et la découverte d'Al-Kindi de l'analyse de fréquence a rendu tous les codes du monde antique solubles et a créé la base de la cryptologie moderne.

D'autre part, Ibn Nafii, connu par son surnom de Ziryab (merle) venu d'Irak à Cordoue au 9ème siècle en apportant avec lui le concept du repas de trois cours est le fondateur de ce qui devrait porter par la site le nom de diététique. Il avait également présenté les verres en cristal (qui avaient été inventés après grâce à des expériences sur le cristal de roche par l'ibn Firnas d’Abbas).
Les tapis ont été considérés en tant qu'élément du paradis par les musulmans médiévaux, grâce à leurs techniques de tissage avancées, les nouvelles teintures de la chimie islamique et le sens fortement développé du modèle et de l'arabesque qui étaient la base de l'art en Islam. En revanche, les planchers de l'Europe étaient distinctement terrestres, pour ne pas indiquer terreux, jusqu'à l’arrivée des tapis des Arabes et des Perses.

Le chèque moderne vient du ‘saqq’ arabe, un pacte écrit pour payer les marchandises une fois livrées ; et ce pour éviter que l'argent soit transporté à travers des terrains dangereux. Déjà au 9ème siècle, les hommes d'affaires musulmans pouvaient encaisser un chèque en Chine tiré de leur banque à Bagdad. Autrement dit, les musulmans avaient un système monétaire très développé déjà à l’époque.

Le savant musulman Ibn Hazm a découvert que la terre est une planète qui tourne 500 ans avant le savant Galileo, en plus les musulmans étaient capables de calculer exactement le mouvement des orbites. Le savant Alidrissi a présenté au roi Roger en Sicile la terre en miniature sur laquelle sont dessinée les régions et les pays du monde au 12éme siècle

Les savants musulmans ont utilisé pour la première fois le salpêtre á des fins militaires en ajoutant le potassium. Ils étaient aussi les premiers à fabriquer un missile pour faire exploser les navires des ennemies.

Enfin, les musulmans étaient les premiers à bâtir les jardins pour se jouir de la beauté de la nature alors que l’occident les utilise pour planter les herbes et les légumes pour se nourrir. En plus les musulmans étaient les premiers à planter le lys et le seringa qui ornent actuellement les jardins en Europe.

Bref, tout ceci n’est qu’un tout petit aperçu sur les découvertes islamiques scientifiques qui illuminent le monde occidental. Tous les souhaits pour que les détracteurs occidentaux de l’Islam découvrent un peu plus son histoire avant de l’attaquer et que les arabes se souviennent toujours de leur histoire glorieuse ; ainsi, peut être, ils pourraient se lever de nouveau, ne pas permettre à certains de semer le désespoir. Ils rappelleraient peut être à leur enfant leur histoire et repenseraient leur situation actuelle, pour répondre à la question : Pourquoi cette décadence ?

La modération islamique (((par dr mohamed imara))

La modération islamique
Par : Dr Mohamed Imara(*)
La modération, dans la conception islamique, constitue réellement la caractéristique singulière qui distingue la méthode islamique de toutes les autres tendances philosophiques ayant empreint la civilisation islamique au niveau des valeurs, des critères, des repères et des détails… Tant est si bien que cette modération est comparable, pour la méthodologie et la civilisation islamiques, à une sorte de kaléidoscope qui cristallise ses rayons, sa perspective et trace ses repères.
En bannissant l’excès injuste et l’extrémisme abusif, ce concept de la modération s’érige en pareille position nodale en ce sens qu’elle reflète d’abord l’instinct humain dans sa pureté originelle, sa simplicité et sa profondeur intuitive, elle-même l’expression de la disposition naturelle des hommes tels qu’Allah les a créés. C’est précisément le cachet qu’Allah a voulu imprimer à la Oumma de l’Islam conformément au verset coranique : «Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager sera témoin à vous.» (Sourate Al Baqarah, 143).
Elle est la justesse entre deux faux, la modération entre deux extrêmes et la position équitable qui tient compte de la pondération, tout en se refusant de verser dans l’excès. Car, tout penchant à l’excès est un acte de démesure qui fait incliner la balance et, de ce fait, pécher par manque de modération islamique globale. Un tel acte s’avère de toute évidence sans possibilités de témoignage ni de témoins.
Or, cette modération islamique globale est loin de ce qu’en pensent les gens communs : une absence de position claire et bien définie devant les questions et problématiques. C’est justement là que réside la difficulté de prendre position, sans pour autant s’aligner sur un des pôles béatement et simplement.
Dans cette optique, la notion de la modération se situe au-delà des significations triviales qui ont fait florès parmi les gens communs. Elle n’est pas non plus cette autre modération aristotélicienne comme le perçoivent nombre d’intellectuels, de chercheurs et d’étudiants de la philosophie occidentale, dans la mesure où la modération, selon l’acception d’Aristote (384/322 avant Jésus Christ), fait de la vertu le milieu entre deux vices.
Chez Aristote, le concept de la modération s’apparente, dans sa position de milieu, à un point algébrique qui séparerait, à une distance égale, deux pôles/deux vices. Ainsi perçue, elle n’est, en définitive, qu’un point algébrique, une position statique et quelque chose d’autre sans rapport aucun avec les deux pôles. Or, elle ne correspond nullement au concept islamique du juste milieu.
Dans l'optique islamique, elle est une véritable troisième position, une nouvelle attitude réelle. Son emplacement au centre de deux postulats contradictoires n’implique nullement qu’elle en porte les caractéristiques, les composantes et les traits. Elle est différente des deux pôles, mais pas en tout : cette différence consiste à rejeter l’autarcie et l’enfermement sur les traits d’un pôle aux dépens des autres.
En tant que nouvelle et troisième position, sa singularité et sa nouveauté tiennent au fait qu’elle synthétise et rassemble, dans le cadre d’un système homogène, tous les traits, toutes les composantes et caractéristiques que comporteraient deux pôles différents. Et c’est en ce sens qu’elle s’érige en modération (globale) qui se distingue de celle prônée par Aristote.
La balance de l’équité -la modération étant une équité entre deux injustices- ne saurait être équilibrée en ignorant une partie aux dépens de l’autre. Seule la modération globale peut la tenir en équilibre, en tenant compte des faits et des arguments des deux parties belligérantes -les deux parties de la balance-.
C’est dans cette optique qu’intervient le hadith du Prophète Mohammed, prière et salut soient sur Lui, «Le milieu: la justice. Nous avons fait de vous une communauté de justes», (rapporté par l'Imam Ahmad), comme une illustration de la quintessence du concept de la modération en Islam.
De même, c’est à la lumière de ce concept islamique de la modération que nous percevons les versets coraniques qui ont fait allusion à cette caractéristique spécifique de la méthodologie islamique en matière de réforme. La communauté de l’Islam s'entend ainsi de ceux «Qui, lorsqu’ils dépensent, ne sont ni prodigues ni avares, mais se tiennent au juste milieu.» (Sourate Al-Furqâne, 67).
En matière de dépenses toujours, le juste milieu a été évoqué dans d’autres versets coraniques comme «Et donne au proche parent ce qui lui est dû, ainsi qu’au pauvre et au voyageur en détresse et ne gaspille pas indûment.» (Sourate Al Isra’e, 26), ou dans la même sourate (verset 29) «Ne portes pas ta main enchaînée à ton cou par avarice et ne l’étend pas, non plus, trop largement, sinon tu te trouveras blâmé et chagriné».
Autant dire qu’il s’agit-là d’un mode de vie loin de tout monachisme ou hermétisme monastique, mais aussi loin de la concupiscence animale libérée de toutes obligations.
Si l’on voudrait prendre la mesure de l’avantage immense qu'offre la modération globale et son incidence sur la méthode islamique en matière de réformes -une fois observée et mise en œuvre-, on s’apercevrait aisément comment cette approche a toujours représenté, pour la réforme islamique, une alternative qui a permis de passer outre des déchirures, des éclatements et des dualismes contradictoires du genre qu’ont connu d’autres civilisations, en premier lieu la civilisation occidentale.
Outillée de cette modération globale, la méthode islamique ne connût point de contradiction tranchée qui soit sans issue entre des dualités opposant l’esprit et le corps, la vie et l’au-delà, l’être et l’objet, l’individu et la communauté, la pensée et la réalité, le matérialisme et l’idéalisme, le muable et l’immuable, le nouveau et l’ancien, la raison et la tradition, la force et la loi, la science et la religion…
Autant de dualismes qui, dépourvus d’une approche basée sur le juste milieu, ont conduit aux fameuses scissions prononcées dans la philosophie occidentale entre matérialistes-idéalistes, matérialisme-idéalisme, rationalistes- théologiens, scientifiques-religieux et philosophes-croyants. Ces dualités ont émaillé la période hellénique et antéislamique de cette civilisation, jusqu’à nos jours, en passant par la période de la Renaissance.
La modération islamique globale fut, pour notre civilisation et pour la méthode de la réforme islamique, une balance de ces dualismes et de leurs corollaires de déchirures et d’excès. A ce titre, elle fut un critère d’islamité des modes de pensée et du réformisme islamique.
Ainsi en est-il de l’appel réformiste de l’Imam Mohammed Abdou (1265/1323 de l’hégire, 1849/1905 de l’ère chrétienne), lequel s’est illustré par sa réflexion sur les dualités ayant marqué le quatorzième siècle de l’hégire, dans un contexte civilisationnel caractérisé par l'immobilisme et la prévalence de la tradition dans les milieux religieux de l’époque. Pareil penchant à la tradition fut un excès qui laissait la religion et le réformisme islamique sans prise sur la réalité et la vie, créant par là même un vide religieux dans cette même réalité. Cet état de fait avait pour conséquence d'hypothéquer les chances du réformisme islamique de s’ériger en moyen idoine de la Oumma pour réaliser sa renaissance et son progrès.
Cette conjoncture a en outre été marquée par l’invasion du modèle occidental en matière de modernisation et de progrès, dans le sillage de la campagne colonialiste occidentale moderne du monde islamique. Le modèle occidental était pourtant teinté de sa tendance excessive à s’aligner sur le temporel au mépris de l’éternel, sur la vie aux dépens de la religion, sur l’individu au lieu de la communauté, la matière et le positivisme aux dépens de l’esprit, la force au détriment de la justice…
Ce faisant, le modèle occidental a submergé l’espace philosophique, culturel et intellectuel d’une myriade de dualismes contradictoires qui ont exprimé, et expriment toujours, un sens aigu d’abus et d’exagération, situés tout à fait aux antipodes d’une réflexion sclérosée dont les étudiants en théologie, dans notre orient islamique, se délectaient à l’époque.
Et comme pour se démarquer des deux positions, -celles de la sclérose des théologiens et de la rigidité des étudiants des sciences occidentales-, l’Imam Mohammed Abdou a tenu à greffer à son approche réformiste celle de la modération islamique globale. S’appuyant sur cette modération, il écrit, pour distinguer sa position, sa méthode et son appel à l’adresse, à la fois, des tenants du traditionalisme et des partisans du modèle occidental: «En y appelant (son modèle réformiste), je me suis opposé à l’avis des deux grandes composantes qui forment le corps de la Oumma: les étudiants en théologie et leurs adeptes, d'une part, et, de l'autre, les étudiants des arts contemporains et leurs partisans»(1).
Ensuite, il explique que cette notion de la modération pour laquelle il opte ne procède point d'un choix subjectif, mais elle constitue la quintessence de la méthodologie de l’Islam qui le distingue de tous les autres excès ayant entaché les autres religions : «… L’Islam ne s’est pas révélé comme une spiritualité absolue ni comme une doctrine purement matérialiste, mais plutôt comme une religion à visage humain, une religion du juste milieu. En mettant en harmonie les dispositions humaines instinctives plus que n’importe quelle autre religion, il s’est baptisé Religion de la sainte nature (fitra). Ses détracteurs le lui reconnaissent, aujourd’hui, en le considérant comme la première école qui permet aux barbares d’accéder aux marches de la civilisation.»(2).
La modération est, donc, la caractéristique distinctive de l’Islam. C’est la raison pour laquelle l’Islam est qualifié de Religion de fitra, celle de l'humanité saine et normale, laquelle s’impose en tant que passage incontournable vers le chemin de la civilisation, comme en témoignent les adversaires mêmes bien avant les amis.
Le Maître, l’Imam, explicite cette modération islamique globale - de réforme- entre religion et vie quotidienne, en évoquant l’interprétation du verset coranique : «Et aussi nous avons fait de vous une communauté de justes.» (Sourate Al Baqarah, 143). Revenant sur les significations profondes de la corrélation que le Saint Coran établit entre les concepts de la modération islamique et de la conversion divine de l’Homme dans le verset «Et Allah guide qui Il veut vers un droit chemin», il explique que «c’est dans le sens de cette conversion que nous avons fait de vous une communauté de juste milieu».
L’Imam donne, par la suite, un aperçu sur le sens de la modération islamique dans le legs des ancêtres, avant d’exposer sa propre vision qui se veut une méthode d’approche et de réforme, en ajoutant que :
«Les ancêtres ont dit : le juste milieu est à la fois justice et option, car tout excès relève de la démesure et toute lacune est synonyme de négligence et de manquement. Or, l’exagération tout comme la négligence sont une déviation du droit chemin; elles sont, donc, un mal condamnable. L’option serait alors au centre des deux bouts de cette même chose; c’est-à-dire le juste milieu.
Mais l’on se demande : pourquoi a-t-on préféré le vocable du juste milieu à celui d’option alors qu’ils désignent, tous les deux, la même chose, quoique le premier dénote un sens d’engagement ?
La réponse implique deux cas de figure : Le premier suppose un choix préliminaire qui précède l’analyse à développer. Un témoin doit en être averti, car celui qui campe sur une des deux positions ne saurait connaître la situation réelle de son vis-à-vis et, encore moins, celle du juste milieu.
Le second implique que le vocable du juste milieu est porteur, en lui-même, d’une causalité et s’affirme en tant que tel. Il suppose que les musulmans sont une communauté de justes dès lors qu’ils optent pour le juste milieu. Ils ne sont ni des tenants d’excès démesuré en religion, ni des adeptes excessifs d’inaction. Ils se présentent ainsi dans leurs rites, leurs mœurs et dans leurs actions.»
Pour l'Imam, la modération islamique prend l'ampleur d'une révolution contre la dominance de l’excès -aussi bien celui de la démesure que de la négligence- qui a prévalu dans les rites et les systèmes de pensée antéislamiques. «Et pour cause, avant la révélation de l’Islam, les gens étaient scindés en deux groupes : Un premier groupe assujetti à ses traditions purement matérielles ne se souciant que de ses orgies corporelles, comme les juifs et les polythéistes. L'autre groupe est soumis à des traditions qui lui imposaient d’observer une spiritualité pure et d’abandonner la vie et ses plaisirs corporels, tels que les chrétiens, les sabéens et les adeptes d’autres confessions, dont les païens d’Inde.
Quant à la Oumma islamique, Allah lui a assuré la jonction entre les deux droits; le droit de l’esprit et le droit du corps. Elle est ainsi, à la fois, spirituelle et corporelle. Autrement dit, Allah l’a gratifiée de tous les droits humains, l’homme étant un corps et une âme, un animal et un ange.
Comme si le Seigneur voulait dire que : "Nous avons fait de vous une communauté de justes, capables de faire la part des choses entre les deux droits et d'aspirer à la perfection. Ainsi donc, par la force du droit, «vous soyez témoins aux gens» lesquels, ayant sombré dans le corporel, ont négligé la religion, et aux spiritualistes qui ont versé dans la démesure excessive. Vous serez témoins aux négligents qui soutiennent qu’«Il n’y a pour nous que la vie d’ici-bas: nous mourons et nous vivons et seul le temps nous fait périr». Persistant dans l'inaction et l'inertie, ils ont versé dans la bestialité et sacrifié les vertus spirituelles.
Vous serez tout aussi témoins aux tenants de l’exagération démesurée en matière religieuse qui arguent que cette existence ne serait qu'un corps sans âme et un châtiment pour l’esprit, et pour s’en affranchir, il importe, selon eux, d’abandonner tous les plaisirs corporels, de torturer le corps et de le priver de tous les caprices et les jouissances d’ici-bas. Vous en serez témoins que, les deux parties, se sont départies du droit chemin et ont consommé leur propre ruine. Ils ont ainsi commis des actes délictuels à l’encontre de leur âme, de leur corps et de leurs prédispositions animales.
Vous serez témoins aux uns et aux autres et vous serez à l'avant-garde de toutes les communautés grâce à votre modération et votre sens du juste milieu dans toute affaire. Car, ce à quoi vous avez été convertis est le degré sublime de la perfection humaine qui n’a point d’égal, en ce sens que l’adepte (de cette Voie) sait faire la part des choses et donne à chacun son dû, en s’acquittant des droits d’Allah, des droits de son esprit et de son corps, des droits des proches et des droits de l’ensemble de la communauté".
La suite de ce verset «…comme le Messager sera témoin à vous» veut dire que le Prophète, Paix et Bénédiction Soient sur Lui, est le modèle parfait de la position du juste milieu. Et cette communauté ne serait celle du juste milieu que si elle Le suit dans Sa voie et Sa charia, Lui qui est juge de ceux qui ont suivi Sa tradition et de ceux qui se sont créées de nouvelles traditions ou qui se seraient dévoyés en emboîtant le pas aux hérétiques.
Autant que cette communauté se porterait témoin, de par sa voie et sa tendance à la perfection corporelle et spirituelle, que ces gens ont raté le droit chemin, le Prophète la confortera dans son témoignage, aussi longtemps qu’elle restera fidèle à Sa tradition.
Ce faisant, Lui, le Messager d’Allah, faisant office d’excellent modèle à suivre, assurera par Son témoignage que la communauté des musulmans a emprunté le droit chemin, celui de la conversion divine. Comme si le Seigneur disait : Vous ne saurez atteindre la vertu du juste milieu que si vous observiez les préceptes et la tradition du Prophète. Mais, si vous vous dévoyez de ce droit chemin, le Prophète lui-même, Sa religion et Sa tradition seront témoins que vous n’êtes pas de Sa communauté décrite par Allah dans le Livre Saint : «Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah.» (Sourate Al- Imran, 110). Ainsi donc, vous vous serez dévoyés, par l’hérésie, de la voie du juste milieu et engagés dans l’un des deux camps.»(3).
La modération est, donc, la méthode de l’Islam dans le façonnement de l’homme musulman. Elle est aussi le cachet qui imprime l’islamité à toute entreprise de réforme des sociétés, le stade le plus avancé que l’humanité ait atteint à la faveur de la charia de l’Islam. C'est la condition sine qua non qui fait de la communauté de l’Islam la meilleure qui soit pour l'humanité et la voie juste de la conversion», comme l’a dit l’Imam Mohamed Abdou.
Dressant une analogie entre la modération de l’Islam et l’exagération chrétienne, en matière d’hermétisme et de privation du corps de ses droits et des faveurs d’Ici-bas en érigeant la religion en alternative à la vie terrestre, Mohamed Abdou défend la primauté de la vie terrestre sur le religieux dans l’acception de l’Islam. Il fait valoir à cet égard la corrélation que la notion de la modération islamique a créée entre le temporel et l’intemporel. Il dit: «La vie en Islam jouit d’une primauté sur la religion. Si les préceptes de la religion révélée exigent que l’être soit dévoué à son Créateur, que son cœur soit empli de Sa crainte et de l’espoir en Lui, ils ne le privent pas non plus de gagner sa vie ni d’en jouir. Ils (ces préceptes) ne lui imposent pas non plus l’austérité des ermites ni l’abandon démesuré et excessif des plaisirs.»
Ainsi, le Messager d’Allah n’a-t-il pas répondu à celui qui lui a demandé s’il peut faire aumône des deux tiers de sa fortune: «Non, donne le tiers et même le tiers est beaucoup. Il vaut mieux que tu laisses tes héritiers riches plutôt que de les laisser dans la misère, obligés de tendre la main aux gens».
Ce hadith ne contredit d’ailleurs pas la règle générale qui stipule «la primauté de la santé des corps sur celle de l’âme». Il en découle que la religion islamique incite l’homme à préserver son intégrité physique au même titre qu’elle rend obligatoire la purification et l’élévation spirituelle.
Partant de cette conception, l’Islam permet au musulman de s’embellir, de soigner son apparence et de profiter librement des bienfaits et grâces dont Dieu a comblés l’humanité ici-bas, à condition qu’il fasse preuve de mesure, de modération et de bonne foi. Il ne doit pas pour autant transgresser les limites de la charia en sombrant dans une quelconque forme d’excès telle l’imitation des femmes par des hommes ou réciproquement.
Le Saint Coran est clair à ce propos : « Ô enfants d’Adam, dans chaque lieu de prière portez votre parure (vos habits). Et mangez et buvez ; et ne commettez pas d’excès, car Il (Allah) n’aime pas ceux qui commettent des excès. Dis : «Qui a interdit la parure d'Allah, qu’Il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les bonnes nourritures ? » Dis : «Elles sont destinées à ceux qui ont la foi, dans cette vie, et exclusivement à eux au Jour de la Résurrection.»
Ainsi exposons-Nous clairement les versets pour les gens qui savent. Dis : «Mon Seigneur n’a interdit que les turpitudes (les grands péchés), tant apparentes que secrètes, de même que le péché, l’agression sans droit et d’associer à Allah ce dont Il n’a fait descendre aucune preuve, et de dire sur Allah ce que vous ne savez pas» (Al Aâraf 31-33).
En matière de gestion des biens, l’Islam a jeté les bases d’un système de gestion des dépenses et de conservation des ressources : «Car les gaspilleurs sont les frères des diables; et le Diable est très ingrat envers son Seigneur. Si tu t’écartes d’eux à la recherche d’une miséricorde de Ton Seigneur, que tu espères, adresse-leur une parole bienveillante. Ne portes pas ta main enchaînée à ton cou (par avarice), et ne l’étend pas non plus trop largement, sinon tu te trouveras blâmé et chagriné» (Al Israâ 27-29).
A travers ces renseignements, s’exprime le souci de l’Islam de prémunir le croyant contre tout excès démesuré dans la quête de l’au-delà, dès lors qu'il risque de se priver des réjouissances et des bienfaits de la vie d’ici-bas. Le Saint Coran proclame : «Et recherche à travers ce qu'Allah t’a donné, la Demeure dernière. Et n’oublies pas ta part en cette vie. Et sois bienfaisant comme Allah a été bienfaisant envers toi. Et ne recherche pas la corruption sur terre. Car Allah n’aime point les corrupteurs» (Sourate la Narration 77).
De tout ce qui précède, l’on retient que l’Islam n’a point négligé les sens, tout en veillant à prédisposer l’âme à atteindre sa perfection. En religion médiane, l’Islam part, en effet, d’une assimilation profonde de la nature humaine; dans sa vision de l’homme, il le considère comme un être supérieur à l’animal, ayant une existence ni purement physique ni strictement angélique. Il mène, selon cette acception, une vie temporelle et une autre spirituelle et se trouve ainsi appelé à vivre son existence corporelle et à se préparer à sa demeure dans l'Au-delà. Allah n’a-t-Il pas libéré l’homme afin qu’il puisse profiter pleinement des réjouissances de la vie, tel que mentionné dans ce verset : «C’est Lui Qui a créé pour vous tout ce qui est sur terre» (Al Baqarah 29).
L’esprit d'émulation est ainsi fort chez tout être humain. Il est prédisposé, de par sa prime nature, à œuvrer sans relâche et à aspirer à ce qu'il croit bénéfique ou utile pour lui. D’une appétence sans limites, l’homme ne peut prétendre à une finalité sans être animé par un désir donné. Selon l’effort qu’il fournit, il accède à l’une des échelles formant la hiérarchie de la perfection qu'Allah a établie"(4).
C’est dans ces termes que l’Imam Mohamed Abdou traite du principe de la modération islamique dans son sens le plus large, comme étant l’une des principales particularités de cette religion et l'une des constantes de l’approche islamique de réforme de l’individu et de la société. Mohamed Abdou ne cache pas son penchant pour cette notion de modération, dont son école réformatrice est imprégnée, pour se démarquer des courants prônant diverses formes d’excès. Il s’agit, à ses yeux, aussi bien de l’excès démesuré chez les oulémas de son époque que de la négligence et l’insouciance flagrantes dont faisaient preuve les adeptes du modèle occidental apporté par le colonialisme.
Son œuvre renferme des applications théoriques et pratiques de l’approche islamique du juste milieu dans les divers domaines du projet de réforme et de renaissance. Une réforme par l’Islam où l’Imam Mohamed Abdou met le renouveau de la religion au service du renouveau de la vie des musulmans.
La tradition du Prophète (Prière et Salut Soient sur lui), étant l’interprétation de la rhétorique coranique, est la meilleure concrétisation du concept de la modération. Il suffit, pour s’en rendre compte, de se pencher sur les hadiths où le Prophète (Paix et Salut Soient sur lui) dit «cette religion est bien fondée, que votre excès soit alors modéré » (rapporté par l’Imam Ahmad), ou encore celui où il dit "la religion d'Allah Tout-Puissant est aisée (à pratiquer)" (rapporté par Al Boukhari, Annisaii et Imam Ahmad". Voici un autre hadith tenu du prophète : "Allah ne m'a pas envoyé pour blâmer (les gens) mais pour faciliter (les choses)" (rapporté par Mouslim et l'Imam Ahmad).
L'épouse du Prophète Aicha, qu'Allah soit satisfait d'elle, a dit : "Jamais on ne donna à choisir à l'Envoyé d'Allah entre deux choses, sans qu'il opte pour la plus facile, pourvu que ce ne fût pas un péché. Si c'était un péché, il était le plus ardent des hommes à s'en éloigner» (rapporté par Boukhari, Mouslim, Abou Daoud, Malek et Ahmad).
Dès lors que cette conception de la modération est celle qui trace au musulman la voie à suivre tant dans sa vie individuelle que collective, tout être humain saint d’esprit peut donc l’assimiler et l’ériger en credo dans les différents aspects de sa vie quotidienne :
- La générosité : vertu et comportement modéré, la générosité n’est pas étrangère à ses deux extrêmes à savoir la cupidité et le gaspillage, mais elle concilie les traits de l’un (gestion et économie) comme de l’autre (charité et largesse). Cette notion de générosité rassemble donc les qualités de droiture et de justice de ses deux pôles.
- La bravoure : qualité médiane entre lâcheté et témérité, la bravoure joint la précaution du lâche à l'audace du téméraire. Cette notion ne se penche donc ni pour l’un de ses pôles ni n’en est complètement différente.
Dans la vision islamique de l'économie et de la gestion des richesses et des biens, le principe de «succession» occupe une place médiane entre la liberté absolue dans la gestion des biens et la privation totale de ce droit. Selon cette vision, tout homme peut s’approprier des biens, les gérer et en jouir en toute liberté. Il n'en demeure pas moins qu'il est le successeur d'Allah sur terre et le dépositaire de biens dont le Très-Haut est le véritable Possesseur.
C'est ainsi que tous les droits de l’homme à l'accès et à la gestion des richesses sont régis par les droits d'Allah et Ses prescriptions en matière d’équilibre et d’entraide sociale.
- Concernant sa position vis-à-vis de la différenciation sociale des gens, l'Islam favorise, là aussi, la logique de pondération. Il ne se penche, de fait, ni pour une liberté sans limites, que l'on sait amplificatrice de disparités sociales flagrantes, ni pour une quelconque forme de société utopiste où soient abolies les classes sociales. Conscient des écarts existant entre les hommes quant à l'énergie et à l'effort que tout un chacun est prêt à fournir, la religion islamique juge, certes, tout à fait normal, voire nécessaire, qu'il y ait une disparité entre eux dans le gain et dans la répartition des ressources. Mais, cette hiérarchisation ne doit pas aller jusqu'à porter atteinte aux exigences de l'équilibre et de la solidarité agissante entre individus. Car, en Islam, la Oumma est comparable à un seul corps, dont les organes sont complémentaires, bien que l'utilité et les besoins de chacun soient différents.
Dans la lettre que l'Imam Ali Ibn Abi Taleb (32 avant l'hégire- 40 de l'hégire/600-672) a adressée à son gouverneur de l'Égypte, Al Achtar An-Nakhai (27 de l’hégire/659), on lit : "Saches que tes administrés constituent, en fait, des catégories intimement liées les unes aux autres, de telle sorte qu'aucune d'entre elles ne saurait se passer des autres"(5).
- Au sujet des rapports entre les civilisations, l'Islam, à travers son approche pluraliste, incite à l'interaction civilisationnelle comme alternative, d'une part, à toute logique d'ostracisme et d'isolement et, d’autre part, à toute relation de dépendance et d'imitation. Une interaction qui s'inspire de tout ce qu'il y a de commun et d'universel entre les hommes, sans pour autant renier les spécificités identitaires, spirituelles et culturelles de chaque partie.
- Au surplus, le concept islamique de la modération institue le principe de la neutralisation, lequel tend à maintenir l'équilibre des relations entre les civilisations, mais aussi entre les classes sociales.
De fait, la neutralisation du point de vue islamique sert de voie médiane, puisqu'elle sous-tend cette dynamique sociale qui constitue un outil permettant de rétablir l'équilibre parfait, de faire prévaloir la justice et de préserver, ce faisant, le pluralisme, la diversité et la différence.
Ainsi donc, la neutralisation est-elle une solution de compromis entre "l'immobilisme", qui risque d'aggraver le déséquilibre, et le "conflit" où règne la loi du plus fort sans laisser guère place aux facteurs de pluralisme et de diversité.
Le Saint Coran rejette formellement la logique de "conflit" ou de "lutte" parce qu'elle porte atteinte au principe du pluralisme: " qu'(Allah) déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées. En vois-tu le moindre vestige? " (Sourate Al-Haqqa; 7-8)
En revanche, le principe de neutralisation a le mérite d'inciter l'homme à redresser régulièrement ses positions et, partant, à conserver et à consolider la culture de la diversité et du pluralisme. Ce principe est clairement exposé dans le verset coranique suivant: "La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousses (le mal) par ce qui est meilleur; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux" (Sourate Foussilat, 34).
Telle est la modération islamique dans son acception globale, qui est le cachet qu’Allah a voulu imprimer à la Oumma de l’Islam et la prédisposition naturelle immaculée de toute déviation, telle que perçue à travers le prisme du kaléidoscope qui cristallise les traits de la méthode islamique et des repères de sa conception de la pensée et de la vie. Louange à Allah qui dit: «Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager sera témoin à vous.» (Sourate Al Baqarah, 143). Gloire au prophète Mohammed, Paix et Bénédiction Soient sur Lui, qui dit: «Le milieu: la justice. Nous avons fait de vous une communauté de justes».